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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 08:39

Au sommet du point culminant de la Roumanie. 

 

JEAN PAUL NOTRE AMI DE MONTAGNE ET DE TOUJOURS

Jean Paul était et restera notre ami. Un ami de longue date, toujours calme, discret, quelquefois silencieux, jamais excessif, jamais en colère ou même simplement agacé, toujours dans l’action, la découverte, l’émerveillement et le respect de notre groupe et des personnes qui le composent. Fort de son comportement, ancien, sûr et régulier, quelles que soient les circonstances, il avait tissé avec nombre d’entre nous des liens sincères et solides qui ont magnifiquement survécu aux années, aux distances et au temps qui passe.

Au nom de tous nos amis et camarades de l’Usfen 33,  je voudrais ici saluer sa mémoire en faisant aussi un geste d’affection fraternelle à Annie son épouse que nous connaissons bien mais aussi à ces enfants dont il nous parlait quelquefois, toujours avec attachement et tendresse. 

 

La première fois que j’ai vu Jean Paul, Eliane m’a dit la même chose au téléphone avant hier, c’était en juillet 1988 pour la traversée de la vallée d’Aspe. Le groupe se constituait, personne ne se connaissait, nous étions tout jeunes. Nous avons passé une semaine formidable dans les Pyrénées à randonner de refuge en refuge. Quand nous sommes passés devant le petit refuge du Larry, j'ai fait une photo de notre groupe car cet endroit sacré pour moi. Cette photo, agrandie, est accorchée depuis, sur le mur de mon bureau, elle ne m'a  donc jamais quitté. A l’époque, le sac était lourd, pendant nos randonnées, nous partions en autonomie, pas de voiture suiveuse pour nous aider, pas d’étape raccourcie, pas de journée de repos et le soir après une toilette sommaire au torrent, nous dormions tous ensemble sur le même bat-flanc du refuge. C’était de la randonnée sportive comme nous l’aimons. Jean Paul était là avec déjà son sac impeccablement rangé et son allure toujours impeccable et si particulière, lui qui ne ressemblait vraiment à personne d’autre. Les étapes étaient longues et prenaient toute la journée. Jean Paul avait, comme d’autres dans ce petit groupe d'une douzaine de personnes, par moment, un peu de mal à suivre. Il décrochait parfois, nous l’attendions alors au refuge ou au col suivant. Il arrivait essoufflé, fatigué mais jamais il ne parlait d’abandonner et jamais il ne demandait ou ne revendiquait quelque chose à son profit. Il avançait à son allure et s’il ne pouvait suivre le rythme imposé par le groupe, jamais il ne demandait à ce qu’on l’attende, que l’on ralentisse pour lui. Il était comme cela Jean Paul, tenace, calme et régulier même dans l’effort, surtout dans l’effort et il ne se plaignait jamais, il ne demandait jamais rien pour lui.

Alors qu’un autre se serait découragé, ou se serait orienté vers une activité plus calme, plus douce, Jean Paul lui, est resté, a persévéré, s’est accroché et est devenu un des piliers de notre petite communauté sportive et amicale.

Traversée du Zanskar. Ladakh. Eté 2012

Il a rapidement compris ce qu’il fallait qu’il fasse. Il s’est d’abord équipé, il a acheté du bon matériel même s’il gardait aussi des vêtements étonnants comme son coupe vent de cycliste de couleur violette qui le différenciait de tous. Et surtout il s’est entraîné, il s’est mis à courir et à se préparer très sérieusement. C’est ainsi, qu’au fil des mois et des années, le Jean Paul soufflant et suant arrivant le dernier au col ou au sommet, a totalement disparu pour laisser la place à un Jean Paul fringant et juste un peu essoufflé par l’effort ou l’altitude quand nous atteignons enfin, tous ensemble, le col ou le sommet.

Par exemple, en octobre 2002, Michel avait organisé une visite du vignoble de Saint Emilion. A notre grande surprise, en pleine dégustation d’un cru classé, il nous a laissé pour participer à une course à pied de 10 ou 15 km.

Ladakh. Inde. Juillet 2012.

Ainsi en 2003, au Népal, dans le grand massif des Annapurnas, pour faire le Tour du même massif, tout le groupe tente la montée au grand col du Thoron La à 5416 m d’altitude. L’effort, ce jour là est intense. Nous devons gravir près de 1000m de dénivelé en partant de 4300m et en dépassant donc les 5000 m d’altitude. C’est une rude montée de plus de 4 ou 5 heures qui nous attend. Nous partons tous ensemble, vers 5h du matin, en pleine nuit, aidés et accompagnés par nos amis Népalais. Très rapidement, guidé uniquement par la lueur de sa seule lampe frontale, Jean Paul lui, ne reste pas dans le peloton, et file droit devant, avec Jean Luc. Ils arrivent au petit matin, seuls, les premiers en haut du col à 5416m. Alors que les derniers de notre groupe, dont moi, ont mis plus d’une heure de plus à atteindre ce point mythique, Jean Paul a eu bien le temps de prendre, de nombreuses photos et à goûter dans cette étonnante solitude, les merveilleux paysages de la très haute montagne népalaise.

Jean Paul  entraîné, équipé à donc été de toutes nos aventures et expéditions. Il a gravi le Mont Blanc, encordé avec Fernand et Jean François, malgré le froid et l’altitude qui en découragent des dizaines tous les jours. Il a gravi dans l’orage et les nuages, le Triglav point culminant de la Slovénie, les points culminants du Maroc, de la Sicile, et de la Roumanie. Il a voyagé à plusieurs reprises au Ladakh et au Népal dans le massif des Annapurnas et de l’Everest. Il a bien évidemment participé à la grande traversée des Pyrénées, à celle des Alpes, ralliant 

Chamonix à Nice et à celle de la Corse à plusieurs reprises, en gravissant de très nombreux sommets dans tous ces massifs.

En 1998, nous traversons intégralement les Pyrénées. Il fait beau et tout se passe bien. Mais au coeur de la traversée, quelque part en Aragon derrière le cirque de Gavarnie, en pleine nuit, un gros orage s’abat sur notre campement. Les  tentes sont ou abandonnées ou inondées et tout le monde se réfugie à l’intérieur du camping-car suiveur. Tout le monde? Non, pas tout a fait. Jean Paul et Jean luc sont les seuls à résister à l’orage, à ses éclaircies et à ses terrifiants coup de tonnerre, grâce à leur tente impeccablement montée et surtout à leur moral d’acier. Et au matin, nous sommes tous fatigués et démobilisés après cette nuit très agitée. Les abandons sont nombreux dans notre petit groupe de 15 personnes. Je décide malgré ces évènements de réaliser l’étape prévue en empruntant un parcours plus difficile que celui prévue initialement. Mes deux amis Stephane et Jean luc, logiquement déclarent vouloir réaliser l’étape avec moi et à la surprise générale, Jean Paul se rallie à notre trio. Alors, amicalement Eliane l’interpelle « Hola Jean Paul, tu sais que tu pars avec des fous? » Jean Paul a decidé, il ne changera pas d’avis et réalise avec nous, sans souffrir plus que nous, cette étape montagnarde à bonne allure. 

Jean Paul tout le monde le sait ici, était en montagne et dans la vie très dur au mal. Bien évidemment, il ne ne se plaignait jamais, il ne renonçait que très rarement et en tout cas de ne demandait jamais quoi que ce soit au groupe pour son avantage ou son confort.

Un hiver, nous faisons des exercices d’alpinisme avec un guide dans les Pyrénées, dans le massif du pic d’Aspe. Notre petit groupe devait travailler les techniques de progression et d’assurance sur un glacier. Le cheminement, ce matin là, est raide, exposé, traversant de hautes pentes neigeuses. Tout le monde est équipé de piolet et de crampons, les conditions sont hivernales, il fait très froid. Soudain, dans un passage un peu plus compliqué, Jean Paul trébuche et dévale la pente de neige dure. C’est une longue glissade qui le jette littéralement dans le torrent grondant et glacé qui court au fond du défilé. Jean Paul tombe dans cette eau glacée. Quand il se releve, il a de l’eau jusqu’à la taille. Il en ressort seul et nous rejoint quelques instants plus tard, beaucoup plus haut sur la pente. Et bien, malgré ses vêtements trempés et le froid intense de ce mois de février, il est resté toute la journée avec le groupe sans jamais rien demander pour lui, sans jamais se plaindre et en faisant tous les exercices demandés par le guide. Un autre aurait renoncé, aurait demandé à rentrer ou à être raccompagné aux voitures, Jean Paul non. Il est rentré avec nous à l’hôtel, le soir venu après cette dure journée, comme si de rien n’était. Nous préparions un voyage au Népal et  il tenait à être prêt, comme nous, à affronter les glaciers himalayens.   

Au sommet du Toubkal 4165m. Maroc. Avril 2008.

Une autre fois, en faisant le Tour du Mont Blanc, en juillet 97, il glisse sur une pente herbeuse et se blesse sérieusement. Il ne peut marcher qu’à tous petits pas  A l’époque, pas de téléphone portable, nous nous répartissons ses affaires toujours impeccablement rangées dans son sac et Jean Paul termine cette étape avec moi, très lentement, sans jamais se plaindre, ni me demander quoi que ce soit. Au bout de plus de 2 heures de marche, dès que je peux, j’appelle les secours italiens qui emportent notre ami, en ambulance vers l’hôpital de Courmayeur. Il nous reviendra quelques heures plus tard avec un magnifique plâtre autour de sa jambe cassée, plâtre que tout le monde s’empresse de signer. Là encore, aucune plainte, aucune demande, aucun reproche dans la bouche de notre ami au sujet du groupe, de la montagne, du guide, du temps, ou de je ne sais quoi.

Mais surprise, à la fin du repas qui nous réunit tous à la fin de la journée, le patron du restaurant «  Le Lavacher » ou nous mangeons, nous sert à tous, un alcool blanc, une  grappa. Innocent, je suppose à que c’est le patron qui nous l’offre. Je pense même que je le remercie. Et bien je me trompais. C’était faux. Car c’est Jean Paul qui, sans rien nous dire, avait fait signe au patron. Sans rien dire, bien évidemment, mais en payant bien sûr. Car Jean Paul en plus de ses qualités de ténacité, d’endurance, de résistance qui en faisait un excellent montagnard était surtout un homme généreux. Cette générosité de tous les instants, se manifestait sans éclat, sans effet d’annonce, nous sommes nombreux à avoir pu en bénéficier, à pouvoir en témoigner. Les gestes de gentillesse, de générosité, d’échange, d’amitié de Jean Paul n’étaient jamais très visibles, jamais ostentatoires mais toujours réels.

Devant un refuge en Roumanie, nos deux Jean Paul.

Pendant la traversée de la Corse par le GR 20, nous sommes au restaurant du col de Bavella, plus d’une vingtaine à table, avec tous les randonneurs et toute ma famille transformée en équipe de soutien et d’organisation. Je m’agace alors avec le restaurateur qui veut nous faire payer un supplément de frites. La discussion dure et se tend un peu. Et puis tout a coup, un plat de frites apparaît. Miracle. Le restaurateur a cédé! Et bien, pas du tout, c’est Jean Paul qui sans rien dire, s’est levé et est aller régler, par avance le plat supplémentaire qui a ravit tout le monde.

Tour du Mont Blanc 2006.

Lors de la grande traversée des Alpes en 2006 avec voitre suiveuse, nous avons a effectuer une tres longue étape entre deux petits villages des hautes alpes. Le matin , nous quttons à la pointe du jour le gite d'étape....

Les exemples sont nombreux ou cette générosité discrète et réelle de Jean Paul se faisait jour, je ne peux ici les évoquer tous.

Voie des Echelles au Mont Perdu. Jean Paul

est le second personnage à droite sur la crête

Sur le mur de ma maison à Buros, j’ai toujours une belle composition intitulée « La famille » Composition très réussie et originale qu’il avait préparée pour moi et mes proches, avec le plus grand soin. Je crois que je ne l’enlèverai jamais de mon mur.

Sommet du Mont Perdu 3335m. Juillet 2005.

Quand il nous a tous reçu dans  sa région de Touraine pour nous la faire découvrir et apprécier, ce fut un véritable enchantement, un feu d’artifice de joies et d’étonnements qu’il avait avec Annie et ses proches, préparé avec soin et passion. Et bien sur, comme c’était de coutume, quand on lui a demandé de partager les frais, il a refusé. Il  était comme cela avec nous Jean Paul, généreux et discret.

Chère Annie, chers enfants de notre ami, je pourrai encore longtemps  parler de Jean Paul  tant nous l’avons connu, apprécié et estimé.

Jean Paul était un homme très bien, droit, courageux et loyal en tous points. Il  restera toujours notre ami et nous ne l’oublierons jamais.

Massif des Posets. Juillet 2007.

Au nom de tous les  amis de l’Usfen 33, je te renouvelle chère Annie, et à tous tes enfants et petits enfants, l’expression fraternelle de toutes nos condoléances les plus attristées.

Serge Capdessus                                                      Samedi 2 avril 2016 

Trekking au Ladakh. 

 

Photos de Sylvie, François et Véronique. 

 

Messages divers

Bonjour Serge
Merci de m'en avoir tenu informé: j'avais cotoyé Jean-Paul lors de ce fabuleux séjour en Roumanie l'été 2012
en étant le plus souvent son compagnon de chambrée. 
C'était quelqu'un de très bien, c'est certain ! Je suis surpris et ému de sa disparition.
Puisse-t-il reposer en paix.
Mes amitiés
Eric M

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commentaires

LOUIS 03/04/2016 14:23

Bonjour à vous tous,
Serge je te remercie pour ce bel hommage à mon papa. Je remercie Eliane d'avoir porté ce discours au nom de vous tous et de l'avoir agrémenté de ton vécu et de tes souvenirs également.
Je retrouve bien dans votre récit le caractère / tempérament / valeurs de mon papa..
Il revenait de ces séjours sportifs avec vous ravi.
Il nous a gavé de montagne dans notre enfance mais a réussi à nous transmettre malgré tout le goût de l'effort. Aujourd'hui la relève est en cours au sein de la famille... Je viens de prendre ma licence au CAF de Nantes :-)
Véronique (la plus jeune de ses filles)

serge capdessus 03/04/2016 17:02

Chère Veronique. J'ai beaucoup regretté de ne pas avoir été avec vous ce dernier samedi mais ma santé est vraiment mauvaise en ce moment. J'ai écrit ce texte très facilement tant j'appréciais ton Papa. C'était vraiment un homme très bien. Je voulais aussi dire à Liliane "embrasse bien les enfants de Jean Paul car perdre son papa est une douleur qui ne ressemble à aucune autre" et puis je ne l'ai pas fait... J'espère rapidement venir voir Annie et peu entre te rencontrer. Je vais ces prochains jours, rajouter des photos à cette page car nombre d'amis m'en ont aussi envoyées.
Je t'embrasse. Serge