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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 22:17

Ce matin, quel contraste, le brouillard noie tout le paysage. On ne voit rien du tout du beau panorama habituel. Pressé de me retrouver sur mon vélo, je tombe du lit, range rapidement mes affaires et partage mon petit déjeuner avec des randonneurs. Tout est calme, seuls s'activent et se préparent ceux qui vont marcher toute la journée, les autres dorment encore. Ils m'annoncent presque tous vouloir faire la traversée des Pyrénées. Je pense, sans leur dire, qu'ils vont avoir du mal à réaliser ce beau projet. Les Pyrénées sont de belles montagnes qui ne se laissent pas traverser facilement. Moi, je préfère être à ma place plutôt qu’à la leur et je la connais bien leur angoisse du départ matinal dans une atmosphère de nuages, d’isolement et de brouillard. Surtout quand on se dirige vers une étape à l'itinéraire ou complexe ou inconnu ou les deux à la fois. Mais pour moi, cette fois, il n'en est rien de tout cela. Je ne suis ni angoissé ni inquiet, au contraire, je m'attends à une nouvelle journée de joies et de découvertes et là encore, je ne serai pas déçu.

Un dernier coup d’œil aux panneaux du col, une dernière poignée de main, on s'échange nos prénoms mais pas les numéros de téléphone et on se souhaite bonne chance. Un rapide coup d’œil à ma carte me signale la présence d'un col tout proche sur la crête vers le pic des Escaliers. Je ne peux résister et file vers ce premier objectif après une courte et humide descente. Je reconnais bien l'endroit pour y être déjà passé plusieurs fois dont la dernière en mars 2007, toute la région était alors noyée sous une épaisse couche de neige. Le site est bien évidemment désert, silencieux. Col Iratzabaleta 1248m. Le brouillard inonde tout et je ne peux apercevoir que le base des tronc majestueux des sapins et des hêtres. Un bref coup d'oeil et sans poser le pied à terre, je reprends la route. La remontée au col rude et raide me réveille brutalement. Je croise les premiers randonneurs partis ce matin du gite. Sous leurs capes de pluie et de vent, j’ai du mal à les reconnaître, nous nous saluons une dernière fois en faisant de grands gestes.

Et revoilà la route principale qui doit me permettre de rallier Larrau et le foncer dans la vallée. Un rapide passage au fameux col d'Orgambidesca 1284m et je plonge dans la descente. Aussitôt je réalise que la pente y est redoutable. Tout est noyé dans ce brouillard. Tout est humide, la route, l'air, mon vélo, mes roues et mes patins. Tout. Bien concentré, arc bouté même sur mes deux poignées de freins, j'essaie de contrôler au mieux ma vitesse de descente. Les premiers kilomètres sont vraiment impressionnants avec quelques virages qui seraient bien capables en cas de chute ou de glissade a m'expédier au paradis des cyclistes et des montagnards. Mais rien de fâcheux ne se produit et je peux franchir sans dommage ce premier obstacle de la journée. Mais quel contraste avec le temps d'hier, chaud sec lumineux et éclairé. Aujourd’hui, c'est tout le contraire. Mais cela aussi me plait, je me sens bien, à l'aise sur mon vélo qui me transporte. Je croise quelques rares voitures qui montent au col, certainement des personnes qui y travaillent car je ne vois pas ce que pourraient y faire des touristes à cette heure et dans ces conditions météo.

Petit à petit, la pente s'adoucit et je peux, passé les quatre ou cinq premiers kilomètres, lâcher un frein sur deux. Je reste sur la route, seul, roulant bien au milieu de la chaussée, mes mains mouillées malgré les gants, commencent à crier douleur à force d’essayer d'écraser les poignées de freins. Mais bien concentré, je ne fais pas d'erreur de vitesse ni de trajectoire et j'arrive sur les premiers replats de la vallées.

Soudain, au détour d'un virage, surgit face à moi, quelques mètres devant, un magnifique troupeau de vaches: le museau humide, les cornes bien hautes, elles me croisent en trottinant, étonnées par ma présence intruse qui ose fouler leur domaine. Prudent, je me serre sur la droite de la route pour éviter ces bêtes puissantes et superbes.

Quelques kilomètres plus tard, je traverse, sans m'y arrêter, le village de Larrau puis, suivant la route unique qui descend le long de la vallée, je dépasse le lieu dit « Logibar » et arrive au carrefour en forme  de Y qui va me permettre de remonter la vallée de St Engrâce. Le ciel peu à peu se dégage et même s'il reste encore couvert, le risque d'averse s'éloigne. J'entame alors la longue et redoutable montée qui en 15 kilomètres doit me permettre d'accéder au col de Soudet et de retrouver mon Béarn.

Je m'attends pour cela à une belle épreuve. Au départ de la montée, après avoir lâché quelques messages écrits à la famille, je suis un peu gêné par la circulation locale sur cette route ancienne et étroite. Je dépasse le site des gorges de Kakoueta. La pente se redresse progressivement mais moins que je le redoutais. Voici le bourg de St Engrace, commune éclatée en plusieurs hameaux. Je ne m’arrête pas, préférant entamer tout de suite la montée vers le col. J’espère me restaurer dans un petit café de bord de route mais comme il n’y a que le pastou menaçant pour m’accueillir, j’avale deux bricoles et je reprends l’ascension.

La pente se redresse alors fortement, l’ascension tient ses promesses. La route maintenant bien large mais totalement déserte me permet de progresser assez rapidement. Je peux en effet rouler tranquillement au milieu de la route ou faire de larges zigzags quand j’en ressens le besoin. Le parcours remonte maintenant la partie supérieure de la vallée qui reste toujours aussi étroite. De part et d’autre de la route, la forêt occupe la quasi-totalité du paysage. Seules quelques barres de calcaire interrompent de temps en temps cette uniformité végétale composée de grands arbres magnifiques imposants et majestueux, surtout par ce temps de brouillard. Les kilomètres se suivent, tous plus raides, plus exigeants les uns que les autres. J’ai un peu de mal à me relancer après l’arrêt précédent. Mes muscles refroidis ne peuvent pas se réchauffer et reprendre un bon rythme de travail avec une pente aussi raide. Je crains un temps d’être obligé de mettre le pied à terre tellement j’éprouve une sensation d’essoufflement et de tension musculaire. Mais je parviens en insistant, en  ralentissant au maximum ma vitesse de progression à franchir ce mauvais pas. Vraiment, au lieu de rester sous la menace des crocs de cet animal, j’aurais mieux fait de continuer à avancer et à profiter de mon bon état d’échauffement après les 15 km de montée moyenne et régulière depuis le carrefour de Larrau. Je le saurais donc maintenant, quand on se sent bien en forme, bien dans le coup, il ne faut pas s’arrêter, pas couper son élan.

Petit à petit l’humidité me rattrape. Il recommence à pleuvoir. Cela ne me gêne pas vraiment. Je suis heureux, absolument seul sur cette route perdue. Quelques rares voitures me croisent ou me doublent, de temps en temps, mais pas le moindre cycliste, pas le moindre randonneur à l’horizon. En un mot, cette solitude me plait. 

 

Soudain, alors que la pluie s’allie de nouveau avec le brouillard pour donner à cette matinée, une atmosphère encore plus humide, encore plus glissante, voilà, surgissant du néant, le panneau du Col de Suscousse 1216m. Il pleut. Je stoppe. Une voiture passe alors sans s’arrêter. Comme d’habitude, je prends une photo et consulte la carte. Je m’aperçois alors que je suis à proximité de la station de ski de fond d’Issarbe et que surtout quelques cols sont à ma portée. J’emprunte aussitôt la route qui monte et traverse la station. Elle m’a l’air totalement abandonnée. Et cette pluie brouillardeuse qui tombe sans arrêt n’améliore pas vraiment le tableau. Je franchis quelques bosses anonymes afin d’être certain d’avoir gravi le Col de St Gracie 1325m et fais alors, sans descendre du vélo, aussitôt, demi-tour. Quelques motards casqués et aussi trempés que moi, me doublent sans me faire le moindre geste. Il y en a, il faudrait les torturer au chalumeau pour qu’ils soient aimables. Il pleut toujours. Je suis content, j’ai déjà, aujourd’hui, gravi 4 cols.

Quelques minutes plus tard, je retrouve la route du col de Soudet. D’après mes calculs, il ne me reste pas grand chose pour y arriver. Je pense avoir fait le plus difficile. Je me trompe lourdement. Les kilomètres qui me restent à faire seront raides et longs. Nettement plus que prévu. Mais je n’ai pas refait l’erreur de ce matin; je ne me suis pas arrêté en plein effort, mes muscles ne se sont pas refroidis. Malgré cela, la montée est de plus en plus pénible et éprouvante. Je comprends bien pourquoi le Tour de France est passé sur ce col, il y a quelques années. Les kilomètres qui me séparent du sommet sont raides, il n’y a rien dans le profil que je vois ou que je devine qui me laisse entrevoir une pause ou un fléchissement. Soudain, en plein effort, surgit dans le brouillard une voiture qui descend. Arrivée à ma hauteur, elle ralentit fortement, s’arrête presque. La conductrice me fait alors avec ses deux mains, un geste d’encouragement. Touché par cette manifestation, rare chez un automobiliste, je lui réponds par un geste du bras, assorti d’un grand sourire. C’est un moment furtif et extraordinaire qui me fait  plaisir et qui rend l’effort un peu moins pénible.

Depuis le col de Suscousse, il y a plus de 3 km à gravir. Ces 3 km là vont vendre chèrement leur peau, surtout le premier en forme de mur. C’est vraiment très fatigué que je parviens dans un brouillard de plus en plus épais à la sortie de la forêt puis sur le plateau et enfin au carrefour avec la route montant d’Arette. Col de Soudet 1540m. Personne n’est là pour saluer mon exploit. Il pleut. Il fait presque froid. Je ne m'arrête pas et file aussitôt jusqu’à la station de La Pierre.

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