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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 18:33

Encore plus déserte que lors d’un certain passage avec mes élèves, en janvier 2003, je traverse tout le site jusqu’à la galerie marchande. Trempé comme un canard tombé à l’eau, je reste sur la terrasse et mange le reste de fromage que je transporte depuis mon passage à Cize. Il fait froid mais je ne le sens pas. Je suis mouillé mais cela ne me gêne pas et je passe un agréable moment à manger, tout seul, assis à même les calli-botis de la terrasse sous l'œil étonné de quelques touristes qui me regardent depuis l’intérieur du restaurant.

Pour terminer mon passage, je rentre dans l'établissement pour prendre un café. A la télévision, l’équipe française de Hand Ball joue un match des Jeux Olympiques. Je n’attends pas la fin du match et reprends mon vélo pour filer au point le plus élevé de cette randonnée de trois jours, le col de la Pierre St Martin 1760m. Toujours dans le brouillard, je roule ainsi pendant 4 ou 5 km jusqu'à la frontière, jusqu’au col. J’y suis stoppé par un chantier de travaux publics qui occupe toute la largeur de la route. Là encore, personne avec qui parler, seuls deux énormes camping cars dorment sur le parking du col. J’échange quelques mots d’espagnols avec une dame réfugiée à l’intérieur et je reprends la descente.

    Le trajet jusqu’à la station, simple, limpide, me plait énormément. Là encore, je suis seul dans cette atmosphère d’ouate et de coton qui ne ressemble ni à l’été ni à l’hiver. Quelques coups de pédale, de temps en temps, me suffisent à rouler pendant plusieurs kilomètres. C’est normal puisque je descends mais là encore, c’est la magie du vélo qui permet de couvrir des distances importantes de traverser des paysages superbes sans beaucoup d’effort, sans beaucoup de difficultés. Je retrouve le col de Soudet puis une vaste zone de pâturages avant d’entamer la descente vers la plaine. Cette partie que les géologues appellent un karst reste malgré notre monde moderne et mécanisé, sauvage et hostile à toute pénétration humaine. Cela tombe bien, je n’ai pas l’intention de laisser mon vélo et de quitter la route.

Voilà le col de Labays à 1361 m qui va me permettre de retrouver la vallée d’Aspe. C’est génial, je reviens chez moi.

Parti avant hier, du bord de mer, me voila arrivé dans la plus magnifique vallée du monde. Elle n’est pas belle la vie quand elle est ainsi? Le col de Labays est mon 6ème col de la journée. Je le franchis sans difficulté puisque je descends. Le temps est toujours aussi brumeux et humide. Aussitôt, dès les premiers tours de roue, la route se rétrécit. Je plonge alors dans une forêt aussi épaisse que mystérieuse. Pas la moindre clairière, pas la moindre trouée dans les arbres pour me donner un peu de lumière. J’écrase de nouveau mes mains sur les freins car la pente est aussitôt très forte. Les virages se suivent sans se ressembler. J’ai la certitude de m’immerger dans un océan de verdure, d’humidité et de solitude. Pas la moindre voiture ni engin agricole pour me ramener à la réalité, mais je sais ou je vais et cela me rassure. J’aime cette solitude un peu oppressante, je m’y sens bien, il n’est pas tard mais faire cette route de nuit doit être réellement impressionnant .

        Comme je suis sorti de la région décrite dans mes cartes, je ne peux m’arrêter pour faire le point sur ma position. Je continue donc à descendre vers le bas de cette forêt qui semble immense et probablement habité par de nombreuses créatures toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Après une bonne descente vraiment raide, voilà qu’enfin la pente s’adoucit. Les sites, sauvages et perdus et déserts restent magnifiques. Je continue à descendre. Soudain, je reconnais le carrefour en forme de T que j’ai emprunté ce printemps dernier avec Véro mon amie, Françoise ma soeur et Jean mon beau frère. Nous montions depuis Ichere pour redescendre ensuite sur Bedous. Je vais donc de nouveau suivre le même itinéraire. La route maintenant plus sage retrouve une ligne horizontale serpentant entre le ravin sur ma gauche et les falaises de calcaires gris sur ma droite. Et toujours cette forêt, très épaisse, très dense, qui recouvre tout l’ensemble de ce relief tourmenté. Pas étonnant donc que notre ami l’Ours se réfugie dans ces montagnes perdues, bien malin qui pourrait l’en déloger.

Je me trouve soudain face à un carrefour en forme de Y dont les panneaux indicateurs ne me disent pas grand chose. Après avoir bien réfléchi, je prends à gauche la direction d’Osse en Aspe. Ce sera la bonne, car après quelques kilomètres supplémentaires, je vois enfin le ciel se dégager. Je sors de la forêt juste avant d’arriver au col de Bouezou 1009m, peu marqué, sans panneau.

         Je suis venu pour la première fois à cet endroit en 1970, il y a 38 ans et je garde de ces deux jours passés là, dans cet endroit perdu, un souvenir intact et très présent. J’y ai passé avec mes parents, leurs amis, mon frère et ma sœur une journée et surtout une nuit tout à fait uniques. L’adulte que je suis devenu n’a jamais oublié ce passage dans cette belle cabane isolée; entouré que j’étais par tous les miens. Ce sera d’ailleurs la première et la dernière occasion de toute ma vie que je connaîtrais cette émotion là, avec une symbiose parfaite entre ma famille au grand complet et la montagne. Des nuits en montagne, en refuge, sous tente, en cabane, en bivouac, j’en ai depuis connu des centaines d’autres, mais celle là fut la première et, peut être, la plus belle de toutes.

Je file alors par une petite route déserte en balcon à travers d’immenses pentes de fougères jusqu’au col de Hourataté 1009m. Celui là, je le connais bien. Il est bien visible avec ses deux panneaux. J’y trouve deux personnes, une mère et son fils, habitant à Accous, ils vont chercher des champignons.

Même s’il commence à être tard, je ne résiste pas et monte jusqu'au dernier col de la journée. Par une toute petite route très étroite pas bien entretenue, je gravis les dizaines de mètres qui me manquent. Au début, tout va bien, seul, le premier virage m’oppose une bonne résistance, le reste de cette première partie n’est alors qu’une belle montée à 7 ou 8 %, en limite de pâturages et de forêt. Mais alors qu’il ne me reste, selon mes calculs très approximatifs, qu'un ou deux kilomètres à parcourir, la route se relève très fortement et me lâche alors un bon kilomètre des plus terribles. Exactement comme les passages les plus raides de l’avant veille, je suis obligé d’aller chercher mes derniers efforts avec la plus grande énergie. Là aussi mon cœur monte à son maximum et mes poumons vont bientôt éclater. Je suis obligé de mettre pied à terre pour ne pas risquer de tomber en arrière. Une voiture me suit lentement dans cette portion ultime et terrible. Un dernier rush m’est alors indispensable pour remonter sur ma bécane et parvenir au terminus du code la route et donc au niveau du col Bergout 1164m. 

Là aussi, personne pour m'y accueillir. Seules quelques vaches qui ne lèvent même pas la tête vers moi quand j’arrive, c’est rageant. Je ne descends pas du vélo, appréciant du regard cet endroit magnifiquement perdu au fin de cette superbe vallée d’Aspe.

    La descente jusqu'à Osse n’est ensuite qu’un magnifique amusement ou je profite de dizaines de paysages tous plus beaux les uns que les autres et cela, sans donner le moindre coup de pédale. Voilà le fond de la vallée avec le village d’Osse en Aspe ou m’accueillent quelques gouttes de pluie sans conséquence sur ma conduite. Je file alors bon train sur cette Nationale 135, sans passer par Bedous.

La faim finit par me rattraper et je ne peux résister au panneau annonçant une charcuterie dans le village de Sarrance. Je m’arrête et achète deux grandes tranches de jambon que j’avale goulûment assis sur un banc alors que la pluie commence à tomber sérieusement. Mais je n'en ai cure j’ai vraiment trop faim pour attendre davantage.

Je me décide alors enfin à stopper cette magnifique traversée pyrénéenne. Partis il y a 3 jours de St Jean de Luz, j’ai gravi pas moins de 24 cols, j’ai découvert nombre de paysages tous plus extraordinaires les uns que les autres, vécu bien de situations inédites et j’ai rencontré bien plus de gens que lors de mes précédentes sorties en montagnes. Je n’en ai pas assez, bien au contraire, mais il me semble plus sage maintenant de s’arrêter là, de descendre vers Pau et de reprendre plus tard, dès que possible, cette belle trace vers la méditerranée.

A l’autre bout du fil, téléphonique, Marie, ma mère, me répond et arrive à ma rencontre. Pour ne pas être pris par la nuit qui va tomber avant que je n’arrive à Pau distant de plus de 50km, je me lance alors dans un dernier rush, dans une dernière course contre la montre. Il pleut de plus en plus mais cela n’a aucune influence sur mon rythme et ma vitesse. Je dépasse ainsi Escot, traverse Asasp, Gurmençon et Oloron et me rue sur la route de Pau. Le jour décline mais les automobilistes ne me font pas encore d’appel de phare. J’essaie de calculer ma vitesse, le temps et la distance qui me restent à parcourir. Je dépasse Herrere et Ogeu et c’est à quelques kilomètres de la côte de Belair que j’aperçois soudain les phares de la voiture de Marie qui me fait face.

Ca y est, c’est terminé. Mes 3 premières étapes s’achèvent là. Je suis très heureux de ce premier essai et ne pense déjà qu’à repartir de nouveau.

                                                            Jeudi 27 novembre 2008

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