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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 12:23

          6h30, le réveil ne sonne pas, il fait bon dans notre chambre, Véro et Pierre dorment mais je me lève tout de même. Il y a encore beaucoup de choses à préparer avant de partir. Je prévois une étape longue et magnifique, je ne serai pas déçu. Quelques minutes après, première joie de la journée, Véro me rejoint dans la cuisine. Premiers rires aussi, la dame d’hier nous a vidé notre bouteille de vin rouge, laissée imprudemment sur la table pendant la nuit.

         Il doit être 8h30 quand nous quittons Port Vendres et son gîte en prenant la direction de Banyuls. Il fait déjà très beau, pas un nuage n’est visible dans le ciel et seules de modestes rafales de vent obscurcissent légèrement ce tableau 

         Quelques coups de pédales et le ravissement total est total. La route serpente à quelques dizaines de mètres de la mer Méditerranée toute proche et nous lâche en permanence de magnifiques vues et panoramas sur cette cote Vermeille toujours aussi faiblement urbanisée. Très peu de circulation à cette heure, la route est à nous. Je reconnais plusieurs sites bien connus lors de mes vacances d’enfants il y a déjà si longtemps. Ici, c’est un sanatorium transformé en clinique; là une ancienne plage sauvage aux abords maintenant organisés et aménagés. En suivant cette belle route au revêtement en excellent état, je reconnais, sans m’y arrêter, la petite plage des Elmes ou j’ai passé de nombreuses journées de vacances. Images et moments d’un bonheur lointain, jamais oublié, jamais perdu, gravé pour toujours dans ma mémoire.

         Voici la dernière montée et nous plongeons vers la petite ville de Banyuls. Bien peu de choses ont changé depuis 30 ans, la plage est toujours au même endroit, les commerces n’ont pas bougé de place, les terrasses des bars et restaurants occupent les mêmes parties logeant l’avenue longeant la plage. Il y a peu de monde en ce dimanche matin mais, comme dans la chanson de Jean Roger Caussimon, «  … seulement les filles, c’est plus les mêmes… ».

         Nous faisons un bref passage sur la plage, déserte, pour y prendre la traditionnelle photo. Devant nous une mer d’huile sans la moindre vague, alors  qu’une terrible tempête secouera tout le littoral et les digues et les bateaux quelques jours plus tard. De cela nous n’en savons rien et prenons aussitôt, gais comme des pinsons, la direction de notre premier objectif: le col de Banyuls.

         Nous traversons rapidement la ville, pour nous enfoncer dans ce que les touristes ici appellent « l’arrière pays ». Nous dépassons la ligne de chemin de fer et suivons une petite route très agréable. Aussitôt le décor change avec une végétation méditerranéenne, des murs en pierre sèche, des cabanes ou des mas perdus dans les collines et des vignobles organisés en terrasses. D’extraordinaires et gigantesques cactus occupent falaises et murs. Au Maroc, on mange ces fruits appelés « figues de barbarie » mais aujourd’hui nous n’avons pas le temps de nous arrêter d’autant plus que j’en redoute les innombrables épines. La route continue à serpenter dans ce fond de vallée magnifique en montant gentiment de temps en temps. Nous roulons tranquillement en espérant parvenir sans trop de difficultés au col. Cependant de rapides coup d’œil vers le haut de la crête nous indiquent que nous en sommes encore loin. Parvenus au fond du vallon, ce que nous redoutons, arrive alors sans crier gare. La route se redresse brutalement. Un mur se dresse devant nous. Alors que nous entamons cette rude montée de prés de 3km, nous nous heurtons à un autre phénomène météorologique: le vent. Par rafales violentes et roulantes depuis le haute de la crête, ce dernier nous rend la progression de plus en plus difficile, de plus en plus pénible. On met « tout à gauche » suivant l’expression consacrée des cyclistes, on ralentit notre vitesse au maximum, je zigzague même  mais le vent, additionné à la pente, rend l’effort de moins en moins possible. Nous redoutons qu’une rafale plus forte que les précédentes nous colle brutalement contre le mur qui longe la route ou pire nous jette dans la pente. Nous sommes alors bien obligés de mettre le pied à terre, de pousser péniblement le vélo pendant vingt ou trente mètres, pendant une ou deux rafales, de remonter sur le vélo, d’essuyer alors de nouvelles rafales, de forcer au maximum en zigzagant, de mettre à nouveau pied à terre et ainsi de suite. Les deux derniers kilomètres sont donc bien longs, bien éprouvants mais personne ne pense à faire demi tour. La pente s’adoucit plutôt lorsque nous attaquons les derniers centaines de mètres. Et toujours sous un ciel d’un bleu idéal, nous arrivons à bout de souffle enfin au col de Banyuls occupé par un petit parking.

         Ici c’est la frontière. La route file coté espagnol. Sans vraiment descendre de velo, nous jetons un rapide coup d’œil vers ces immensités catalanes que nous découvrirons une autre fois.

         Pas de panneau disponible, pas de photo donc. Nous prenons alors la petite route qui doit nous permettre de traverser les premières crêtes. Mais ô déception, cette dernière n’est pas goudronnée. Nous faisons quand même  quelques mètres mais, très vite, nous nous rendons à l’évidence, c’est impossible de continuer par-là. Un promeneur nous le confirme, cet itinéraire n’est pas goudronné. Un coup d’œil sur la carte nous confirme ce que je redoutais, pour continuer, il nous faut descendre sur Banyuls.

         Nous nous lançons aussitôt dans cette descente courte mais peu ordinaire. Les rafales de vent n’ont pas cessé et rendent notre progression bien délicate. Prudemment nous roulons, les mains sur les freins; descendant ces pentes et virages qui nous ont fait tellement cracher à la montée et nous perdons rapidement de l’altitude. Certes au moment de descendre les redoutables épingles à cheveux, nous ressentons avec quelque surprise la puissance du vent qui soit nous immobilise en pleine descente soit nous impose une manœuvre étonnante ressemblant à un tète à queue… Des rires, des étonnements, pas de chute à déplorer et parvenus au pied des difficultés, nous filons bon train.

         Nous ne rentrons pas à nouveau dans Banyuls et piquons vers la gauche, empruntant une petite route qui grimpe sur les hauteurs. Nous dépassons les dernières maisons; la grande cave coopérative que je reconnais au passage. Le paysage devient immense sous nos yeux. La route serpente gentiment avec quelques rares raidillons. Autour de nous, ce ne sont que vignobles, pins et chênes lièges avec la mer si bleue si calme à perte de vue. Nous montons facilement dans cet environnement accueillant, désert et magnifique. Personne dans les champs, personne sur la route, nous sommes seuls dans ces magnifiques montagnes et simplement heureux. 

         A l’occasion du franchissement du simple col de Llagastera 265m, je m’aperçois que nous avons perdu Pierre. Un appel téléphonique nous rassure, il a fait plus bas une petite erreur d’itinéraire et nous rejoint quelques minutes plus tard.

         Le temps passe trop vite dans ces montagnes de bonheur et c’est déjà l’heure de manger. Ce que nous faisons bien volontiers à l’abri d’un petit mur en pierres sèches. Bien remis en forme par notre petit arrêt, nous gravissons maintenant les vastes pentes à l’allure de plus en plus montagneuse et de plus en plus torturée. Nous passons au col des Gascons 387m, bien marqué, mais toujours pas de panneau. Notre route suit à peu près l’itinéraire du GR10 dont nous apercevons de temps en temps les balises.

         Le temps passe là aussi beaucoup plus vite que prévu, nous aurons certainement beaucoup de mal à tenir le programme prévu. Il nous sera très difficile de rallier, ce soir, à vélo, le col de l’Ouillat, trop loin, trop haut. Nous décidons donc de terminer cette journée à Port Vendres pour y reprendre la voiture. Et bien évidemment l’appel de la montagne et des cimes nous saisit à de nouveau puisque nous décidons de monter jusqu’à la Tour de Madeloc, abandonnant pour quelques instants la route départementale que nous suivons jusqu’alors.

         Là encore, un redoutable effort nous attend avec des raidillons incroyables, des passages aux pentes supérieures à 17% agrémentés de rafales de vent toujours aussi violentes. La partie terminale appelé « Balcon de Madeloc» est du même tonneau que celles du col de Banyuls. Voici après une nouvelle série d’efforts intenses, le site historique de la Tour de Madeloc. Nous y embrassons un panorama immense sur la mer, la plaine, les montagnes. De toutes mes vacances estivales à Banyuls, je ne suis jamais monté à cet endroit qui, sous la chaleur de l’été, me semblait tout à fait inaccessible. Trente cinq ans après, m’y voici enfin. A mon arrivée, je pense naturellement à tout ce passé qui ne reviendra pas mais que je n’oublierai jamais. En tous cas, je remercie grandement Pierre et Véro sans lesquels je n’aurais, peut-être, jamais ressenti ce bonheur.

         La descente sur Port Vendres sera elle aussi magnifique, directe et peu fatigante en rapport avec ce que nous avons déjà vécu. Rapide descente jusqu’à la mer qui nous permet de franchir les modestes mais bien réels cols de Mollo 231m puis encore plus bas celui de Perdiguer 153m.

         Devant le gîte, nous retrouvons notre voiture, y accrochons les vélos et terminons cette belle journée par un long transfert jusqu’au col de l’Ouillat que nous atteignons à la nuit tombée. Heureusement que c’est Véro qui conduit car la fin dans la nuit est magnifique mais bien longue.

Col de l’Ouillat 938m, endroit perdu au milieu des forêts et des montagnes. Le gîte est accolé à un restaurant et souvent, ce mariage de la carpe et du lapin  ne donne pas de bons résultats. Mais cette fois nous n’aurons pas de mauvaises surprises, le gîte est vaste, bien équipé et suprême avantage, nous y sommes seuls et le restaurant, comme espéré, nous offrira un très bon repas, copieux et varié.

Lundi 12 janvier 2009

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