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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 19:08

 

Mercredi 5 novembre 2008.

10ème jour de voyage. 7ème étape de montagne. Depuis le village de Lobuche, ascension du Kalla Pattar. Une journée géniale d’efforts, de fatigues, d’émotions et de paysages grandioses.

 

         La nuit a été froide dans les chambres, mais peut-être moins que nous le redoutions. Après un réveil matinal et un petit déjeuner presque normal, nous quittons cet endroit hors du temps en espérant simplement y revenir dès le soir même.

Nous traversons le haut du village, passons à coté de la piscine et attaquons la montée. Ayant déjà vécu par deux fois cette longue journée, j’essaie d’être le plus présent possible auprès de mes camarades.

Rapidement, notre équipe éclate en plusieurs petits groupes. Nous remontons la vallée large et évidente qui va nous mener tout droit jusqu'au pied de L’Everest, ce qui n‘est pas rien. Le ciel est toujours de son bleu idéal et seul un vent fort et frais, descendant normalement des sommets glacés qui nous entourent, modère légèrement les enthousiasmes. Nous laissons sur notre droite tout en le longeant, le grand glacier du Khumbu. 

         C’est une montée magnifique, ni rude ni raide, dans ce petit matin, génial, froid et magnifique. Nous remontons d’abord pendant une heure de vastes prairies occupées par de nombreux yaks.

Soudain une moraine énorme barre la vallée. C’est celle du glacier du Changri, un des nombreux 6000 du coin. Nous opérons un arrêt général pour attendre le grupeto qui monte à son train.

De nouveau tous ensemble, nous attaquons la traversée de ces énormes moraines. Le sentier va maintenant les traverser pendant un très long moment. Terrain minéral, magnifique, chaotique dans lequel la trace n’est pas toujours évidente à suivre. Les glaciers népalais bougent beaucoup, leurs moraines font de même. Les marcheurs de tous poils, yak, français, sherpas, porteurs, ont bien du mal à garder le sentier sous les semelles tellement il est malmené et secoué dans tous les sens. Les montées et traversées se succèdent sans jamais se ressembler. On croit souvent être arrivé et on ne l’est jamais. Il reste toujours une crête morainique de plus devant le nez. A croire que cela n’en finira jamais. Alors que la faim commence à se faire sentir. Toujours pas de Gorak Shep en vue, le terrain continue son mouvement perpétuel.

Soudain, surgissent devant nous, des géants, le Pumori puis l’Everest et tous ses voisins. Le paysage pendant ces heures de montée prend à ce moment, toute son incroyable dimension. Nous essayons toutefois de ne pas rouler dans le fond de quelques trous, de quelques crevasses. En donnant de rapides coups d’œil à nos camarades de l’arrière ou de l’avant, nous continuons à progresser.

         Et voici qu’enfin arrive la dernière crête, les lodges de Gorak Shep sont soudain bien visibles. 
          Nous y descendons et nous avons un peu de mal à trouver le reste de l’équipe qui s’est réfugié dans le dernier lodge du village.

         Gorak Shep 5185m.

Nous nous effondrons sur les banquettes et attendons le bon festin qui va nous remettre sur les rails. En fait de festin, nous aurons droit à une bol de soupe mais Gérard, Evelyne, Aimé, Jean François, Marie et d’autres, en auraient mangé bien davantage.

Il est temps de monter, on mangera donc au retour.

Certaines d’entre-nous, prudemment, décident d’en rester là et entament la descente vers Lobuche. C'est là une sage décision.

Les autres attaquent la montée, franchissent un lac asséché et se heurtent aux premières pentes. Le sentier est bien tracé. Le rythme de marche redevient très lent. A cette altitude, tout effort coûte. Il faut absolument s’économiser.

Devant, bien menés par Véro et Guilaine, notre groupe, fort de 11 personnes gravi ces pentes. L’ascension se composant de deux parties séparées par une selle importante.

Très vite, je reste derrière avec Marie, préférant l’assister pendant cet effort. 

Alors que nous avons fait environ la moitie du chemin, nous croisons deux groupes de japonais. Dans le premier, l’un des membres, complètement groggy, est porté par ses sherpas, dans le second, un marcheur titube avec un masque à oxygène sur le nez.

Impressionné par ce tableau, à cet endroit, à cette altitude même les hélicoptères ont du mal à vivre, je préfère conseiller à Marie de redescendre. Elle n’a pas de symptômes inquiétants et paraît simplement fatiguée mais je ne veux pas courir de risque. Maintenant, avec le recul, je me demande si je n’avais pas été là, elle serait peut-être arrivée en haut.

Vers 5300m, nous nous séparons et je monte jusqu'au sommet rejoindre mes petits camarades qui chantent et dansent pour fêter leur victoire.

Quand j’arrive, tous les japonais sont descendus et je trouve mes amis frais comme des gardons et heureux comme s’ils avaient gravi l’Everest.

Je suis moi aussi très content  d’être là d’autant plus que Michel est lui aussi arrivé  et j’entends sa voix qui donne des conseils à tout le monde, aux Anglais, aux Belges, aux Coréens, aux Italiens. Notre Michel, c’est le drapeau à conseils du sommet.

On s’embrasse, on se félicite.

Je suis heureux pour ceux qui gravissent aujourd’hui leur premier 5000. Un 5000 dans la vie d’un montagnard ce n’est pas rien.

 

Kalla Pattar 5545m

 

    Face à nous, un panorama incroyable nous coupe le souffle. Avec de gauche à droite, le Pumori 7145m, le Lingtern 6697m, le Kumbutse 6640m, le Changtse 7550m, l’Everest 8848m, le Lohtse 8501m, le Nuptse 7879m, l’Ama Dablan 6856 et surtout le Pokalde 5806m et le Tamserku 6608m. Une intense émotion traverse notre groupe. Nous sommes impressionnés par les dimensions gigantesques de ces montagnes énormes et magnifiques qui nous surmontent de toutes leurs masses glaciaires et rocheuses.  

 

    Passé l’euphorie du sommet, je vais maintenant me consacrer, avec l’aide de mes camarades, à un cérémonie toute aussi impressionnante. Notre ami Daniel Dubourg s’est tué dans un accident de voiture ce dernier 1er mai. Maïté, son épouse, m’a alors demandé de répandre en montagne une partie des cendres de Daniel. ll m’a semblé que cet endroit, au sommet du Kalla Pattar, face à l’Everest, correspondait bien aux souhaits de Daniel. J’ai aussitôt obtenu l’aide de mes amis pour respecter cet engagement.
Nous nous sommes alors écartés de quelques pas de la voie normale. Mes amis étaient près de moi. Emu, j’ai réussi à lire, le beau texte, court et dense, rédigé par Maïté. J’ai ensuite ouvert l’urne funéraire, et ai laissé s’envoler les cendres de Daniel dans ces montagnes qu’il aimait tant.
      Le temps s’est alors arrêté. Nous sommes restés silencieux un long moment, chacun pensait à Daniel, à Maïté. Moi bien sûr, je pensais aussi aux miens qui ne me quittent jamais et qui ne connaîtront jamais le paysage de rêve que j’avais à ce moment sous les yeux. 
   Puis j’ai remercié les présents et nous avons repris le chemin de la descente.

    «- Chef, tu as réussi à me faire pleurer...

    - Tu n’en es très bien sorti…

    - Je pense que la cérémonie aurait plu à notre ami... » 

  La marche est maintenant simple, il nous suffit de suivre le sentier, d’apprécier les belles vues et de nous laisser porter par la magie naturelle de ces montagnes népalaises, belles et souriantes.

         Nous retrouvons dans une chaleur un peu étouffante, dans une fatigue un peu oppressante le lodge de Gorak Shep pour manger. Marie et Evelyne nous y accueillent.

         Le repas rapidement avalé, nous nous lançons aussitôt dans une descente redoutable. Nous craignons deux facteurs qui risquent de s’ajouter. D’abord la longueur de cette étape et donc de son retour qui a fait bien des dégâts lors des précédentes éditions. Et surtout, l’altitude. Nous sommes montés aujourd’hui à plus de 5500m et cet effort, nous risquons fortement de le payer.

Un peu inquiets, nous entamons cette descente avec notre équipe, bien regroupée derrière  Alain et Aimé.

Nous resterons ainsi tous ensemble jusqu’à retrouver alors que le soleil va se cacher derrière la crête, Lobuche, son lodge et nos petits camarades descendus plus tôt. Certains d'entre nous, épuisés par cette journée hors normes, s'écroulent aussitôt sur les lits. Nous ne les reverrons qu'au moment de l'apéritif.

Cette belle journée a tenu parfaitement ses promesses et nous laissera de grands souvenirs, des images grandioses et surtout beaucoup d’émotions. Elle s'achève dans l'allegresse de l’apéritif traditionnel alors servi avec des cris de joie et des scènes de fraternité autour des cartes de Uno. 

 

 

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Serge Capdessus - dans voyages
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