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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 22:20

 

Dimanche 18 janvier 2009

Départ peu matinal, on attend sagemment que le soleil réchauffe l’atmosphère et dégèle les routes. Si nous avions écouté la météo, ce week-end, nous serions restés à la maison. Bonne surprise au réveil, les montagnes enneigées scintillent, pas un nuage, un ciel bleu azur, un vrai décor de cartes postales.

Après l’aventure d’hier au Port de la Core (1395m), nous optons pour un objectif plus sage, le col de Sarailllé (942m). Nous ne sommes pas prêts d’oublier la journée d'hier:  à 1000m, la neige nous a obligé à mettre pied à terre, nous avons alors poussé le vélo pendant, au moins, 2km. Puis refusant toute capitulation, avant le col, nous avons abandonné nos machines dans la neige et continué avec nos chaussures de cycliste, à travers bosquets, raccourcis, pente à flan et corniche de neige pour atteindre le Port de la Core… Une aventure à la Capdessus…

Aujourd’hui direction diamétralement opposée: l’Est. Après Oust, nous quittons la route départementale qui mène à Aulus-les-Bains pour le col de Saraillé. La route est bordée de granges et de chalets, à l’architecture commune et bien locale. Tous sont rénovés et en excellent état. Les lacets s’enchaînent sans difficulté dans ce décor bucolique et sous une douce tiédeur. Devant moi, Serge s’arrête, il a repéré une aire de repos à ne pas manquer, avec vue imprenable sur le seigneur du Couseran, le Valier. Une pause contemplative s’impose. Cette aire, comme celle du Col de la Core, a été aménagée de panneaux originaux en fer forgé, chacun est équipé d’un  viseur orienté vers un col ou un sommet du secteur. Je ne me lasse pas de regarder le Valier. Je suis attachée à ce sommet : en 1993, je l’ai gravi pour la première fois. Ce fut ma première nuit en refuge, les Estagnous n’étaient pas rénovés et avaient moins de confort, mais bien plus de charme qu’aujourd’hui. Cet été-là, la montagne s’est imposée dans ma vie. Depuis régulièrement je monte au Valier en solo, pour redescendre par les crêtes de Barlonguère ou par l’étang de Milouga, dans une solitude que le monde entier peut m’envier. Excepté une fois, le gardien m’a prévenue que l’ours était  passé quelques jours auparavant vers Milouga… quelle angoisse toute la descente… (Voilà pourquoi je ne  m’engage pas pour la réimplantation de l’ours dans les Pyrénées.)

On a dû mal à quitter ce décor de rêve et cette douce tiédeur, car après cette aire, nous basculons sur un versant à l’ombre. La route est parfois enneigée et verglacée, mais nous ne posons pas pied à terre. Nous arrivons sans nous y attendre au col. Il est très peu marqué… Impossible de faire une photo avec le retardateur dans cette bouillasse. La descente est glaciale, le décor est plus gris, plus triste, les habitations moins entretenues. Nous choisissons de descendre vers Biert car Serge a évidemment repéré d’autres cols !

Avant le pont de Biert (590m), nous bifurquons à gauche vers le col de Bidal. La route est plus étroite et plus raide, bien à notre goût ! Malheureusement je dois poser pied plusieurs fois pour vérifier mon pneu arrière. Hier en fin de journée, mon pneu avant n’a pas résisté à un nid de poule. Serge s’est occupé de la réparation avec brio, ce qui nous a évité de rentrer à la nuit. En fait, il me faudra le regonfler souvent dans la journée, mais nous échapperons à la réparation. Je me garde cette corvée pour la maison, il serait temps que je m’y mette, je n’aurai pas toujours un galant serviteur !!!

Au col de Bidal (777m): une grange, un puits, vraiment aucun col ne se ressemble ! Ici, c’est un terminus de route pour les cyclistes que nous sommes. On pose l’appareil photo sur le piquet de la clôture-barbelée pour la photo au retardateur. On repart aussitôt pour un col voisin repéré dans la montée : le Col de Boulogne, une route sans issue qui mène à un hameau habité, par de grands solitaires vraisemblablement…

Nous traversons Biert, Serge ressent une petite frustration devant le panneau "Col de la Crouzette". Le soir même, en traversant Rimont en voiture, nous aurons la confirmation que le détour eut été fort long ! Nous repérons l’itinéraire de cet été pour notre traversée des Pyrénées et nous cherchons un café. Un habitant nous en indique un au prochain village, dans un virage,  un café qui ne ressemble pas un café… encore une originalité à ne pas manquer…

La descente jusqu’à Castet d’Aleu est rude : à droite la rivière humide et bouillonnante, à gauche les affleurements recouverts de stalactites de glace. En traversant ce village glacial et désert, je n’espère plus le café. Serge plus tenace, le déniche. C’est en fait une maison-café-épicerie comme il n’en existe plus… On hésite à rentrer, on a l’impression d’être chez l’habitant, mais la vitrine à bouteilles (Ricard, Whisky, Armagnac…), le plateau de verres, la porte de l’épicerie, nous confirment qu’on est bien dans un café. Original certes. On prend place sur la grande table, face à la cheminée. Le café est  réchauffé dans une casserole sur une gazinière. Ici pas de micro-ondes ! Je suis remplie d’émotions dans ce lieu qui me rappelle l’épicerie de mes grands-parents, le café de ma tante, que je n’ai pourtant jamais vu en activité. Mais combien de fois avec mes sœurs nous avons joué à l’épicière ou à la serveuse avec ses objets poussiéreux dans un décor identique. Tout me rappelle mon enfance : la sonnerie du téléphone, le tic tac de la pendule, les bibelots sur la cheminée, la cuisinière en fonte, le tabouret dans l’âtre…Le fils des propriétaires nous raconte la vie de ses parents, aujourd’hui âgés de plus de 80 ans, une vie dévouée au service du village, tous les jours de l’année, café et épicerie ouverts, malgré, au fil des ans, le dépeuplement de cette vallée. Qui saurait en faire autant de nos jours ? Cette année ce sera la retraite enfin méritée. Le fils ne s’imagine pas prendre leur succession, il sera lui aussi à la retraite cette année, mais inimaginable pour lui de rester sept jours sur sept dans cette pièce, à attendre le client, "ce serait finir à l’asile"… On pose mille questions sur la vie dans la vallée, il fait bon autour de ce feu, mais il nous faut repartir.
    Il serait indécent de sortir l’appareil photo, alors avant de quitter ce lieu si attachant, je regarde les moindres détails pour les crayonner à la maison. On promet de repasser cet été pour notre traversée…
    Sur les  derniers kilomètres, nous partageons nos chers souvenirs d’enfance, emplis d’objets du passé… oubliés, abandonnés par une autre génération.
Véro, le 3 février 2009.

 

 

 

 

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Serge Capdessus - dans Vélo
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