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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 17:26

BERNINA 2009.

 

 

 

      Suite à l’ascension  du Mont Blanc en 2008, nous sommes partis en cet été 2009, dans ce massif Italo-Suisse, inédit, majestueux et peu fréquenté par les Français.

 
Dimanche 2 août 2009. Après un assez long voyage en voiture, nous nous retrouvons en cette fin de journée, un peu pluvieuse, dans un haut fond de vallée perdue mais dejà bien accueillante. Les hasards de la réservation par internet nous mènent à l'hôtel "Edelweiss" du hameau de Francia. Tout le monde est là, content de se retrouver ou de se connaître: Stéphane, Guillemette, Maurice, Pierre, Aimé, Rémi, Joël, Véro et Serge. Il est 20h, tout va bien.

  Lundi 3 août. 2ème jour. Montée au refuge Marinelli 2813m. Nous montons en voiture jusqu’au terminus de la route goudronnée, à Campo Moro 1556m. Il pleut sur le parking. Ce petit crachin ne nous fait pas peur et nous empruntons aussitot une petite route puis un sentier balisé qui nous plonge dans une belle forêt montagneuse. Le sentier rude et raide mais bien tracé, nous fait prendre rapidement de l'altitude. Il pleut toujours. L'ambiance est excellente dans le groupe, malgré ce début humide. Soudain à la sortie de la forêt, entre nuages et brouillard, nous apercevons sur un col perdu, une construction, c'est le refuge Carate à 2636m d'altitude. Nous y pénétrons, trempés comme des canards mais ravis par l'accueil sympathique qui nous y est fait. Un repas plus tard, alors que la pluie n'a pas cessé, nous poursuivons jusqu’au refuge Marinelli accroché au sommet de pentes rocheuses à fort belle allure. La dernière montée jusqu'à ce nid d'Aigle se fait dans une  ambiance tout à fait extraordinaire d'autant plus que là aussi, l'accueil par le gardien est vraiment chaleureux. Nous passons donc logiquement une bonne nuit dans ce grand refuge presque vide.

Mardi 4 août. Tentative de montée au refuge Marco Rosa. 3èmejour.
    Beau temps ce matin. Nous prenons alors la direction Nord Est et franchissons par un cheminement dans les pentes d'éboulis et les ressauts rocheux, le passo Marinelli à 3087m. Pendant cette montée, Véro cherche fébrilement son appareil photo et Guillemette, sage, préfère rester au refuge. A partir du col, nous prenons pied sur le glacier.
    Pas de cairn, peu de traces, personne hormis notre groupe dans cet immense bassin de hautes montagnes.
    Par un long parcours glaciaire, nous remontons le vaste glacier supérieur de Scersen. Au dessus de nous, le refuge Marco Rosa, nous surveille. La progression n'est pas bien compliquée, il nous suffit de suivre, à distance, les bases des falaises qui bouclent le glacier sur notre droite et de trouver le meilleur cheminement possible sur ce glacier peu crevassé et peu incliné. Nous progressons rapidement en prenant de l'altitude. Mais nous savons bien qu'il ne nous sera pas possible de parvenir ainsi jusqu'au refuge, les principales difficultés sont donc encore devant nous. Effectivement, presque à l'aplomb du refuge, nous trouvons un vaste couloir de neige qui descend jusqu'au glacier. Nous nous y engageons vaillamment, la pente encore modeste ne nous  gêne pas. Nous progressons rapidement. Au dessus de nous, une zone crevassée barre toute la largeur du couloir. Les crevasses ne sont pas très ouvertes et souvent bouchées par une fine couche de neige tombée la veille. Nous mettons les crampons.  Le paysage est de plus en plus grandiose mais l'issue de notre progression n'est toujours pas évidente. Nous décidons alors de traverser complètement le couloir pour se rapprocher de la partie rocheuse, probablement plus sûre que la pente enneigée, raide, haute et surtout recouverte par une couche de neige récente.
    Mais quand nous terminons cette traversée, c'est pour découvrir, juste au dessus de nous, un ensemble d'échelles et de cables aussi raides qu'exposés et surtout entièrement glacés. Notre progression est stoppée net. Il nous reste aussi la solution de remonter le couloir par la neige, Rémi et Joël sont favorables à cette solution. Stéphane et Pierre seraient eux plus tentés par les échelles. Après y avoir bien réflechi, jaugé les deux possiblités, je préfère sonner la retraite plutot que de risquer d'engager mes amis dans un passage trop délicat. Nous faisons alors demi-tour en restant au bord du versant rocheux du couloir. Personne ne conteste ma décision. Nous croisons d'ailleurs un couple d'autrichiens qui feront demi-tour au même endroit que nous.
    Nous retrouvons le glacier puis les éboulis, le col, le sentier et le refuge. Giuseppe nous y accueille de façon toujours aussi sympathique. Guillemette est là, avec l'appareil photo de Véro! La soirée est excellente dans le refuge nettement plus fréquenté que la veille. 

Mercredi 5 août. Descente sur les voitures 4ème jour.         Après en avoir bien débattu entre nous, nous ne perdons pas de vue l'ascension du sommet de la Bernina, et pour cela nous allons contourner les difficultés qui nous ont fait reculer, pour passer par la Suisse. 
    Nous nous dirigeons vers le Sud Est pour franchir le glacier et le col de Caspoggio à 2983m. Aimable parcours, magnifique et sans la moindre difficulté. Tout le monde est content d'être là, Guillemette et Maurice apprécient particulièrement l'endroit. Depuis le col, Rémi et Pierre en profitent pour gravir, seuls et sans corde, un sommet rocheux de la crête Sud avec de nombreux passages d'escalade de 2 et même de 3, c'est le Pic de Caspoggio 3136m. 
    Du col, une belle descente sur éboulis puis sur sentier, nous mène au grand refuge de Bignami 2387m, fréquenté par une foule sympathique et bruyante. Après le repas, nous suivons le large sentier qui file d'abord au grand barrage qui coupe la vallée et ensuite aux voitures sur le parking, maintenant ensoleillé, de Campo Moro.
    Nous nous précipitons à l'hôtel Edelweiss qui ne fait aucune difficulté à nous accueillir.


    Jeudi 6 août.
5e jour. De l'hôtel de Francia (Italie) àau refuge de Diavolezza (Suisse).
   
Depuis l'hôtel, nous descendons en voiture jusqu’a Sondrio, passons le Col de la Bernina et stoppons sur le parking du téléphérique de Diavolezza. C'est une simple journée de transfert qui nous permet de nous reposer un peu, recharger nos batteries et découvrir ce coin de Suisse que seul Joël a déjà vu. Le repas de midi au bord du lac est aussi bien agréable. Du parking, il nous suffit de sortir notre carte Bleue (très utile en Suisse) de sauter dans la première benne pour se retrouver à l'hôtel de Diavolezza dans un cadre grand luxe avec un repas de cantine et un accueil de caserne. Seul le panorama sur l'ensemble du massif de la Bernina est exceptionnel.
    Pour essayer de comprendre quelque chose à cet incroyable ensemble de pics, de glaciers, de pentes et d'arêtes, je gravis avec Véro et Joël, le  Mont Pers 3207m en 1h de montée sur un sentier bien tracé.
    Ce soir, après la décevante saucisse à la purée, c'est l'ambiance des grands soirs. On interroge guides et alpinistes mais les réponses sympathiques, toujours en allemand ne sont pas faciles à suivre...enfin, nous verrons bien.
    Après une douche chaude et gratuite, la nuit dans ce refuge-hôtel est agréable mais trop courte.

Vendredi 7 août 2009. Montée au refuge italien "Marco Rosa" 3597m. 6èmejour.
    A 3h45, le réveil sonne, c'est l'heure. Dehors il fait nuit et très beau. Tout va bien. Après un petit déjeuner copieux, nous quittons le refuge en suivant le sentier repéré la veille par Joël. Sentier qui nous permet de descendre jusqu'au glacier de Pers, situé 400m plus bas. Nous mettons les pieds sur la glace sans problème ni rimaye. Il fait encore nuit, nous traversons en ligne droite cette première langue glaciaire et quand nous trouvons la neige, nous nous encordons. Tout va bien, le moral est au beau fixe. Le jour se lève, les paysages de haute montagne qui nous entourent sont  immenses et magnifiques. Nous sommes ravis d'être là.
    Après avoir traversé rapidement cette première partie glaciaire, nous abordons une belle montée qui doit nous permettre d'acceder au fil de la crête pour atteindre ensuite les terrasses Bellavista. Notre pas est lent et régulier. Nous sentons bien que le dénivellé ne sera pas un problème aujourd'hui. Effectivement, nous rattrapons plusieurs cordées de guide avec clients, parties devant nous. Nous  gravissons, comme prévu, crampons aux pieds, des pentes faciles ou en neige ou en rocher. Parvenus sur le fil de la crête, il suffit de le suivre...
    Au début, tout va bien, nous progressons rapidement mais soudain apparait face à nous, un redoutable ressaut rocheux. Certes, des spits nous permettront de progresser en sécurité mais cela ne suffit pas à nous rassurer suffisamment.
    Chacun jauge l'obstacle, bataille, hésite puis le franchit sauf Véro et Serge qui préfèrent en rester là. Comme un fait exprès, un gros nuage venant d'italie envahit pendant quelques minutes tout le secteur.
    Notre groupe se coupe donc en deux: les deux cordées de Aimé et de Joël filent bon train vers le refuge Marco Rosa et celle de  Véro  redescend  vers le refuge Boval en suivant un itinéraire peu orthodoxe: d'abord une belle pente de neige, suivie d'un cheminement sur sentier avec descente sur moraine et enfin la traversée spectaculaire du grand glacier de Morteratsch plat, crevassé mais sans neige.
    Nous passerons une bonne nuit dans le refuge Boval 2495m, malgré son accueil cavalier, ses tarifs excessifs et sa cuisine de mauvaise collectivité. "Un refuge typiquement helvétique", disent les dépliants touristiques...
    Et pendant ce temps, le groupe des 6 termine de franchir les passages rocheux et se lance dans la traversée des Terrasses Bellavista. L'endroit est terriblement magnifique avec une trace continue sur un immense glacier à la fois hérissé de séracs impressionnants et fracturé par de belles crevasses, toutes heureusement franchissables. Les arrêts pour faire des photos sont fréquents et incontournables.
     Vers 11 heures, c'est Maurice qui pénétre le premier dans le refuge Marco Rosa accroché à ses 3597m d'altitude. Mais attention, la réservation s'est elle perdue dans quelque crevasse? Non, heureusement, on finit par la retrouver!
    Forts de l'horaire favorable et du temps toujours beau, la bande des 6, décide  alors d'enchainer directement vers le sommet. Après une bonne halte-repas qui permet à chacun de refaire ses réserves, c'est à nouveau le départ. Il est midi environ. Il ne reste que 400m de dénivellé à franchir. Mais contre toute attente, ces 400m vont opposer une résistance farouche, variée et spectaculaire  à nos cordées de choc: il leur faudra ainsi pas moins de 2h30 d'efforts pour franchir cet ultime obstacle composé de passages de rochers (niveau 2 et 3) et de neige (fines arêtes courtes et vertigineuses). Après avoir franchi le sommet peu marqué de la SPEDLA 4020m, voici, apres une ultime arête rocheuse, le sommet de la BERNINA et ses 4048m. Il est 15h30. Bravo à tous. Joël appelle par téléphone l'équipe de soutien, toujours à l'affut sur la terrasse du camp 2.
    La descente de cette partie de haute montagne, sera aussi longue et éprouvante que la montée, les passages techniques étant toujours plus impressionnants à la descente qu'à la montée. Et il est plus de 18h30 quand ils pénétrent à nouveau dans le refuge. Derrière eux, plus personne dans la montagne qui se couvre alors de grands nuages et devant eux, le bar du refuge qui leur lâche des  pintes de bière, au combien, méritées.   

Samedi 8 août. Ascension du Piz Boval pour les uns et descente pour les autres.   7ème jour.
    A 4 h du matin, au refuge Boval, Véro et Serge se lèvent pour un petit dejeuner moyen suivi d'un quittage de refuge tout à fait extraordinaire. Il fait encore nuit, le refuge est enfin silencieux et la montagne toujours déserte. Ils prennent aussitôt le sentier qui serpente gentiment derrière le refuge. Il est  6h.
    A 5h du matin, au refuge Marco Rosa, ce sont nos alpinistes qui se lèvent pour une belle journée de descente. Ils prennent leur petit déjeuner, même pas inquiétés par les nuages blancs qui noient les alentours du refuge.
    Vers 7h, Véro est déjà haute, bien au-dessus du refuge. Les hauts sommets sont accrochés ou carrement invisibles. Elle continue à suivre le sentier, marqué et cairné. Parvenue sur un vaste replat rocheux, elle laisse l'itinéraire qui monte vers le Pic de Mortererash, pour prendre sur la droite du vallon, une petite sente gravissant des pentes raides de cailloux. La pente se transforme peu à peu d'abord en couloir puis en cheminée. Quelques pas faciles permettent d'atteindre la crête, la vue sur les alentours est magnifique.
    Au même moment, en altitude, c'est la sortie du refuge de Marco Rosa. Tout est payé (merci Aimé), rien n'est oublié et c'est la descente vers la vallée en suivant sagement la trace parcourue la veille. Aucun stress chez nos amis, tous ravis d'avoir déjà gravi le sommet.
    Il est environ 8h. Véro en suivant la crête, tombe en arrêt, à la fois devant un magnifique tapis de fleurs d'un mauve profond et à la fois sur un magnifique chamois qui à 20m d'elle, passe calme et impérial. Le chamoix, comme chacun sait, est l'isard des Alpes. Véro remonte maintenant la crête rocheuse de plus en plus large et facile pour parvenir au sommet. Pic Boval 3353m. Il est 8h30 ce qui fait une moyenne de 2h30 de montée pour 900m de dénivellé.
   En même temps, plus haut, c'est la descente, à bon rythme, des Terrasses Bellavista. La neige ramollie par les nuages de la nuit, botte un peu. Le groupe arrive au passage rocheux qui leur oppose une certaine resistance: Pierre descend en rappel, les autres désescaladent. Retrouvant la neige, ils accélèrent le pas mais sont tout de même rattrapés par la pluie, au milieu du grand glacier. Il ne leur reste plus qu'à tomber cordes et crampons pour entamer la terrible remontée vers le refuge de Diavolezza. Il est environ midi quand ils en atteignent, pour la squatter à 91%, la terrasse
.
    A 11h, Véro arrive au refuge Boval. Il pleut. C'est le retour vers Diavollezza qui est aussitot entamé. C'est d'abord la traversée sous une pluie de plus en plus battante, du grand glacier de Morteratsh qui nous oppose de belles crevasses, empêchant donc de le traverser en ligne droite. Arrivés enfin, sur l'autre rive mais beaucoup plus haut que prevu, négligeant la facilité de remonter sur les terrasses herbeuses descendues la veille, nous préférons longer la rive droite du glacier, descendre jusqu'au confluent avec le glacier de Pers et remonter ce dernier en suivant sa rive gauche.   Il s'ensuit alors une sévère bataille dans cet univers hostile et angoissant composé de glace blanche et noire, de rochers raides et trempés,  d'éboulis traitres et friables,  de ponts  de neige pourris et redoutables et de très peu de traces humaines. Vraiment c'est un endroit perdu. Seule la vision lointaine des deux refuges nous rassure.
    Après deux heures d'efforts, de saut de crevasses, de cramponnage, de vues magnifiques,  de joies, de bonheurs et de quelques inquiétudes, nous parvenons enfin au pied du refuge de Diavolezza. La remontée finale est encore plus pénible que prévue.
    Il est 13h30, l'équipe est réunie au grand complet sur la terrasse du refuge. Quelle journée! Merci à toutes et tous. 

         Serge Capdessus  Usfenmontagne@orange.fr.

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Serge Capdessus - dans Montagne
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commentaires

gadroy sylvie 15/08/2009 20:43

Superbes aventures toujours aussi bien contées qui donnent envie de repartir avec vous.
sylvie