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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 20:34

"...tel le Phénix..." retour sur un involontaire Adieu.  

... à la limite, "au revoir"aurait mieux sonné car comme il se dit dans la mythologie Égyptienne, le Phénix renaît de ses cendres ce qui en fait un être immortel... et plus actuellement, si on veut faire un rapprochement, vous me retrouverez sur les routes car je me relèverai de cet échec. Oui, que vous le vouliez ou non, c'est quand même un échec que de ne pas aller au bout de ce que l'on entreprend. A choisir, je préfère finir en queue de peloton que de m'arrêter en tête, à la mi-parcours. Seulement, on ne choisit pas toujours, et le sort m'a réservé une fin que je n'avais osé imaginer. Impossible pour moi de rester sur la course en étant "out". Certains ont la force et le courage d'accompagner jusqu'au bout leurs compagnons de route, voir de reprendre quelques étapes à leurs côtés. Là, je pense que c'est le courage qui m'a manqué... les voir courir alors que pour moi c'est fini... insupportable.

De retour parmi les miens, je vais pouvoir me reconstruire physiquement, et analyser avec du recul cet échec. Le mental de guerrier que l'on veut bien s'octroyer en arrivant sur ce genre d'épreuve est, là, mis à très rude épreuve et pour ma part, j'avoue ne pas avoir été préparé à ce genre de situation. On se dit toujours:"J'avancerai, coûte que coûte, même s'il me faut ramper pour atteindre l'arrivée...", mais la réalité est autrement faite. Il y a des blessures qui vous laissent sur place, qui ne font que s'aggraver et lutter pour rester en course devient un vrai calvaire et compromet même nos chances de pouvoir revenir sur les routes rapidement. Que faire ??? Où est cette voix de la sagesse qui devrait nous résonner, nous redonner ce brin de lucidité qui nous sauvera d'une longue convalescence sans "Ultra". Et tel un chevalier dont l'honneur est en jeu, on avance, on serre les dents, tête baissée, on ne se soucie même plus de ce qui nous entoure, le but de chaque jour est de rallier l'arrivée dans les délais... pour rester en course. Le plaisir n'est plus là, on ne court plus pour soi mais pour les autres... que vont-ils penser si j'arrête? La peur du jugement...

Sur cette 31ème étape, combien de fois me suis-je répété les mêmes questions et puis il a fallu se rendre à l'évidence: je ne pouvais plus courir et marcher m'était pénible. J'ai mis plus de cinq heures pour atteindre le CP3 au 29ème kilomètre. Cela faisait une heure et demi que mon GPS m'indiquait la baisse constante de ma moyenne. Un peu plus tôt dans la matinée, je m'étais mis en tête de suivre Christian mon ami Suisse qui, lui aussi, traversait une mauvaise passe. J'ai dû rapidement me rendre à l'évidence... je ne pouvais, ni le suivre, ni lui demander de m'attendre, donc je le regardais s'éloigner. Il se retourna deux ou trois fois d'un air de dire"accroche toi", mais en vain. Ensuite, chaque coureur qui me passait avait un mot, un geste, un regard... tous comprenaient la situation en lisant la détresse qui inondait mon visage de larmes. Puis vint le tour de "la bande à Bonnot"(trois ou quatre coureurs français, suivant les jours, qui faisaient la course ensemble: Christophe Midelet, Jean Pierre Richard, Fred Galais et Patrick Bonnot bien sûr) qui, comme à leur habitude, récupéraient les coureurs en difficulté et s'arrangeaient toujours pour leur faire passer la ligne d'arrivée... les Saint Bernard du peloton. je restais avec eux jusqu'au CP1, ensuite, Kado l'acupuncteur Japonais me proposa ses services, je fis donc un arrêt pour me faire strapper les lombaires mais par la suite, je ne pus jamais rejoindre "la bande à Bonnot" que je voyais s'éloigner petit à petit. Quelle frustration de ne pas pouvoir courir. Je passais le CP2 dans un état second, plongé dans cette grande inconnue:"... dois-je arrêter???". Je me suis longtemps posé la question de savoir s'il fallait du courage pour tout stopper, là, d'un coup. Il suffit de quelques mots et tout bascule, je suis passé du côté des abandons, et au CP3, ils n'ont même pas essayé de me raisonner, de me re motiver, cela faisait trop longtemps qu'ils me voyaient dans cet état qui n'a fait qu'empirer de jour en jour. Juste:"... c'est la meilleure décision que tu puisses prendre...", et je me retrouve emballé dans une couverture de survie, assis dans une voiture le temps qu'ils finissent de plier le poste. Ensuite nous remontons la course et là, si j'avais pu rentrer dans un trou de souris, et bien je l'aurais fait. je ne voulais pas être vu par mes compagnons de route. Un sentiment de honte m'a traversé l'esprit. Quand j'ai pu joindre Marielle, ce fut un soulagement de fondre en larmes en lui annonçant la nouvelle.

Aujourd'hui, chez moi avec les miens, j'essaye de relativiser, ce qui n'est pas toujours évident. Je me suis empressé de faire les examens médicaux nécessaires afin de pouvoir mettre un nom sur le mal qui m'a trahi. C'est fait, et après un bilan sanguin, analyse d'urine, échographie et scanner, le diagnostic est tombé: double fracture de fatigue au niveau des sacro-iliaques droite et gauche. Je comprends mieux pourquoi je ne pouvais plus courir. Le pire c'est d'avoir insisté dessus pendant plus d'une semaine.

Demain, j'ai rendez-vous avec la Médecine du Sport... je vous tiens au courant.

BYE, BYE!!!

 

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